Remixes et hommages : quand la chanson tourne en rond

Pour peu que vous allumiez votre télévision ou votre radio, vous ne pouvez pas être passé à côté : remixes et albums hommages se multiplient jusqu’à l’écœurement. D’un côté, on trouve de DJ qui donnent une nouvelle vie à des chansons quelquefois sorties il y a quelques mois ; de l’autre, c’est un hommage continu à des chanteurs parfois décédés, parfois bien vivants. Alors l’industrie de la musique est-elle déjà en train de se mordre la queue ? A vous de voir !

 

Les remixes : faire du neuf avec du neuf

Un petit exemple assez représentatif du genre pour commencer : en 2008, un chanteur israélien encore inconnu sort avec son groupe un album qui comporte la chanson One day/Reckoning Song, assez mélancolique et nue. Puis en 2012, le DJ allemand Wankelmut met en ligne un remix de la chanson bien plus énergique : c’est un succès et en quelques mois, radios et télévisions se passionnent pour cet artiste à la voix si étrange. Pourtant, Asaf Avidan (l’auteur et interprète de la chanson d’origine) dira de cette chanson qu’il ne l’aime pas, le remix prenant une dimension trop festive à son goût (l’interview à lire par ici). Pourtant, c’est bien cette version qui restera dans les annales, pas celle d’origine.

Plus près de nous, le succès de l’année 2014 est une chanson du duo français Lili Wood & the Prick : Prayer in C. Pourtant, là encore, la version d’origine date de 2010 et n’a pas connu les affres du succès jusqu’à ce qu’un DJ allemand (encore une fois) décide de remixer le titre. Passant d’une chanson assez mélancolique à quelque chose de plus solaire, le titre prend une nouvelle dimension et s’impose comme le tube d’un été somme toute assez calme. Petite différence notable avec l’exemple précédent, les membres du duo sont ravis de cette nouvelle version si différente de leur vision d’origine (et surtout source de reconnaissance).

Car finalement, le remix est à la fois une bonne et une mauvaise chose pour l’artiste. D’un côté, le nom d’Asaf Avidan n’aurait jamais franchi les frontières sans le remix honni ; mais d’un autre, il est parfois difficile pour l’artiste de retrouver son message dans la nouvelle version. C’est par exemple le cas de Tove Lo, dont la chanson Stay High cartonne en ce moment sous ses deux versions : la version originale assez mélancolique raconte les tentatives de la chanteuse d’oublier son ex-petit ami en sombrant dans les drogues quand le remix donne plus l’impression d’être une ode aux substances illicites avec son refrain accéléré et répété ad lib. À vous de comparer : version d’origine ou version remixée ?

 

Des albums hommages à foison

L’autre grande mode qui fait la part belle à la réutilisation de morceaux existants, c’est l’hommage. On connaissait les CD hommages à des chanteurs décédés depuis longtemps mais désormais l’industrie du disque préfère anticiper en jouant la carte de l’hommage aux vivants.

Tout commence en 2012 avec la sortie du gros carton de l’année : Génération Goldman qui se présente comme l’hommage de la jeune génération à un artiste qui a marqué le paysage audio. Au programme, M. Pokora, Tal Corneille, Amel Bent ou encore Zaz qui reprennent avec plus ou moins de succès les tubes de Goldman. Envole-moi et Je te donne vont d’ailleurs contribuer à faire de l’album un disque de diamant avec plus 700 000 ventes en France.

Le succès va alors entraîner un second opus, habilement dénommé Génération Goldman volume 2, qui reprend la plupart des artistes possédant un peu (beaucoup) de temps libre dans leur agenda. Bien sûr, le succès fait des jaloux et ce sera au tour de Renaud (La Bande à Renaud volumes 1 & 2) puis de Charles Aznavour  (Aznavour, sa jeunesse) de subir les assauts de la jeune génération avide d’hommages à ses aînés.

Ces albums sont tous des succès du point de vue des ventes mais ils font se poser la question de la création et de la (re)prise de risque dans le monde de la musique. En effet, comme pour le cinéma qui multiplie les suites à foison tant que le public suit, l’industrie du disque s’est bien vite emparée de cette manne qui permet à la fois de vendre des disques en utilisant un nom bien connu du grand public mais également de lancer auprès de la fameuse ménagère (première cible et consommatrice de ce genre d’albums) des artistes. L’exemple clé n’est autre que M. Pokora, passé du statut d’idole des ados à celui des mamans en profitant de l’aura de Goldman.

Ne doutons pas que ces albums seront suivis de bien d’autres dans les mois à venir (Michel Sardou, Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell finiront bien par y passer). Maintenant, le public sera-t-il au rendez-vous à chaque fois ? A voir mais la lassitude pourrait bien le gagner.

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